INTRODUCTION À LA FLORE VASCULAIRE TERRESTRE DE JUAN DE NOVA

 

Ces données concernent uniquement les taxons recensés avec certitude (= exclusion des mentions douteuses ou anciennes pour lesquelles les taxons n’ont pas été retrouvés récemment). Elles sont provisoires et peuvent évoluer en fonction de l’examen des échantillons en cours de détermination et selon l’acquisition de nouvelles connaissances et les évolutions taxonomiques et nomenclaturales.

Grâce à un important travail de détermination et de mises à jour taxonomiques réalisé par Vincent BOULLET, l'index de la flore vasculaire des îles Éparses est régulièrement reversé dans le référentiel national TAXREF.

Toute utilisation des données implique la citation suivante : BOULLET, V. & HIVERT, J.. Index des Trachéophytes des Îles Éparses.

 

Mise à jour : novembre 2017

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La flore vasculaire terrestre de Juan de Nova se compose de 147 taxons regroupés au sein de 49 familles botaniques.

Ils se répartissent en 62 indigènes (42%), 69 exotiques (47%) et 16 cryptogènes (11%). Parmi les îles Eparses, c'est le territoire qui présente la diversité floristique la plus élevée.

La flore indigène de Juan de Nova est largement plus diversifiée que ce qui avait été indiqué jusque-là. Elle est même supérieure à celle d’Europa (47 taxons indigènes), alors que la superficie de Juan de Nova est nettement inférieure (5 km2 versus 30 km2). Cette biodiversité végétale relativement élevée peut s’expliquer en partie par le fait que le climat de Juan de Nova est plus clément que celui d’Europa (moins chaud et plus humide).

 

 

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Au niveau de leur distribution géographique, on constate que plus de la moitié des taxons indigènes ont une répartition large (3% sont cosmopolites, 26% sont pantropicales, 13% sont paléotropicales, 13% ont une répartition indo-pacifique et 1,5% ont une distribution africaine).

Plus d'un tiers des taxons indigènes sont présents sur des aires biogéographiques plus restreintes telles que l’ouest de l’océan Indien (24%) et Madagascar (13%).

Une espèce est considérée comme endémique stricte de Juan de Nova.

  

 

 Sur le plan patrimonial, la flore indigène de Juan de Nova présente certains aspects remarquables :

- présence d'une endémique stricte : l'Acanthacée Hypoestes juanensis

- présence de 2 endémiques du canal du Mozambique: la Malvacée Perrierophytum glomeratum (présente sur Juan de Nova et la Grande Glorieuse) et la Nyctaginacée Boerhavia sp.1 (présente également sur Juan de Nova et la Grande Glorieuse)

- présence de 8 (ex-)endémiques de Madagascar : Cheirolaena linearis, Cleome grandidieri, Dombeya greveana var. metameropsis, Euphorbia stenoclada, Maerua baillonii, Nesogenes madagascariensis, Psiadia altissima, Salvadora angustifolia

- présence d'une (ex-)endémique des Seychelles coralliennes du groupe Aldabra et de Madagascar : Euphorbia mertonii

- présence de 2 endémiques de l’ouest de l’océan Indien : Celosia spicata et Panicum voeltzkowii (sensu largo)

L'identification taxonomique complète de populations originales sur Juan de Nova (cas d'Achyranthes spp. et Cynodon sp.1) pourrait aussi révéler de nouveaux taxons patrimoniaux.

 

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Au niveau des statuts de menace, parmi les 78 taxons indigènes ou cryptogènes, 21 sont considérés comme menacés d’extinction à Juan de Nova :

- 9 sont en ‘Danger critique’ (CR) : Canavalia rosea, Celosia spicata, Colubrina asiatica, Commicarpus plumbagineus, Euphorbia mertonii, Guettarda speciosa, Lumnitzera racemosa, Perrierophytum glomeratum et Sideroxylon inerme

- 5 sont en ‘Danger’ (EN) : Achyranthes aspera var. fruticosa, Capparis cartilaginea, Cheirolaena linearis, Maerua baillonii, Rhizophora mucronata

- 7 sont ‘Vulnérable’ (VU) : Bulbostylis hispidula subsp. hispidula, Launaea sarmentosa, Oldenlandia fastigiata var. fastigiata, Oldenlandia fastigiata var. somala, Ophioglossum lancifolium, Salvadora angustifolia et Tephrosia purpurea subsp. dunensis

Tous ces taxons présentent des effectifs en individus matures très réduits (< 50 pour les CR, < 250 pour les EN ou < 1000 pour les VU) et un nombre de stations généralement limité.

Un taxon est jugé ‘Quasi menacé’ (NT) car ses effectifs sont estimés proches de 1000 individus matures (Cleome grandidieri).

Les autres taxons ont été catégorisés en ‘Préoccupation mineure’ (LC ; n = 35) ou en ‘Données insuffisantes’ (DD ; n = 20) ou en ‘Non applicable’ (NA ; n = 1 ; cas de Mucuna gigantea présent uniquement sous la forme d’individus non matures)

 

La flore exotique de Juan de Nova (69 taxons) apparaît relativement élevée en termes de nombre d’espèces. De plus, il convient de remarquer que la majorité de la flore exotique est présente à l’état naturalisé : 36 sont localement naturalisés et 8 sont largement naturalisés (soit respectivement 52% et 12% de la diversité floristique exotique).

Ces valeurs élevées peuvent s’expliquer par le fait que Juan de Nova a été largement colonisée et exploitée par l’Homme tout au long du XXème siècle, générant ainsi divers apports de semences (intentionnels ou non) et de nombreuses perturbations au sein des milieux naturels qui ont favorisé l’extension des taxons exotiques. Tout comme les autres îles Éparses, force est de constater que ces nouveaux apports de taxons par l’Homme sont toujours d’actualité compte tenu des nombreux échanges de biens et de personnes.

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Sur le plan des invasions végétales, la grande majorité des taxons exotiques (59 soit 86% des exotiques) ne semble pas démontrer de capacités d’invasion des milieux naturels ou semi-naturels en restant cantonné au sein des zones perturbées (zones d’habitation, chemins, piste d’aviation).

Par contre, certains taxons exotiques présentent des capacités d’invasion jugées faible (3 taxons), moyenne (6 taxons) ou forte (1 taxon, cas de Casuarina equisetifolia [filao]).

 

 

 

 

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L’analyse des statuts de culture de la flore vasculaire de Juan de Nova révèle qu’un nombre important de taxons sont présents à l’état cultivé (46, soit environ un tiers de la diversité floristique globale). Parmi ces derniers, on peut distinguer 39 taxons cultivés à petite échelle et 7 taxons cultivés à grande échelle dans un souci de production agricole et sylvicole ou de protection des sols.

Ces pratiques, pour la grande majorité anciennes, sont à rattacher à l’engouement de certains colons, tel Hector PATUREAU (gérant d’une exploitation de guano et de coprah de 1952 à 1967 sur Juan de Nova), pour l’introduction de plantes exotiques, essentiellement décoratives et alimentaires. Cependant, ces plantations souffrent pour la plupart des rudes conditions écologiques de Juan de Nova, notamment celles sur sable au cours de la saison sèche.

 

En termes de similarités floristiques entre la flore de Juan de Nova et celle des autres îles Éparses, on peut constater que :

- 48 taxons (24 indigènes, 4 cryptogènes et 20 exotiques) sont également présents sur Europa, soit environ 33% de la diversité floristique globale

74 taxons (36 indigènes, 7 cryptogènes et 31 exotiques) sont également présents aux Glorieuses, soit environ 50% de la diversité floristique globale

- 11 taxons (2 indigènes et 9 exotiques) sont également présents sur Tromelin, soit environ 7,5% de la diversité floristique globale.

 

Pour information, un certain nombre de taxons recensés anciennement et non revus récemment n’ont pas été retenus au cours de cette analyse car présentant un doute sur leur détermination et/ou leur présence sur le territoire. C’est le cas de : Boerhavia diffusa, Chloris virgata, Clerodendron sp.1, Gossypium herbaceum. Pour ces derniers, nous ne pouvons donc conclure sur leur statut (erreur de détermination ou taxon correctement décrit mais aujourd’hui disparu ?).

D’autre part, quelques taxons ont été recensés uniquement à l’état de germination au sein des laisses de mer (Avicennia marina, Caesalpinia bonduc, Ceriops tagal, Delonix regia, Entada rheedei, Erythrina sp., Heritiera littoralis, Hyphaene coriacea, Mucuna sp., Pongamia pinnata, Sophora tomentosa et Xylocarpus granatum). Ils n’ont pas été pris en compte car considérés comme non installés sur le territoire.

Enfin, il nous a été rapporté que quelques plantes alimentaires étaient cultivées en pot par le personnel de Météo-France au cours de la période 1960-1980 (thym, salade, chou de Chine, piment) dont il ne subsiste aucune trace aujourd'hui.