INTRODUCTION À LA FLORE VASCULAIRE TERRESTRE DE JUAN DE NOVA

Avertissements : Ces données concernent uniquement les taxons recensés avec certitude (= exclusion des mentions douteuses ou anciennes pour lesquelles les taxons n’ont pas été retrouvés récemment). Elles sont provisoires et peuvent évoluer en fonction de l’examen des échantillons collectés en cours de détermination et selon l’acquisition de nouvelles connaissances.

Suite à un important travail de détermination et de mises à jour taxonomiques réalisé par Vincent BOULLET, la flore vasculaire des îles Éparses vient d'être intégrée au référentiel national TAXREF (Version 9.0) du Muséum National d'Histoire Naturelle.

Toute utilisation des données implique la citation suivante : BOULLET, V. & HIVERT, J.. Index des Trachéophytes des Îles Éparses.

 

Mise à jour : 21 décembre 2016

JDN graph1La flore vasculaire terrestre de Juan de Nova se compose de 147 taxons regroupés au sein de 49 familles botaniques.

Ils se répartissent en 66 indigènes (45%), 69 exotiques (47%) et 12 cryptogènes (8%). Parmi les îles Eparses, c'est le territoire qui présente la diversité floristique la plus élevée.

La flore indigène de Juan de Nova est largement plus diversifiée que ce qui avait été indiqué jusque-là. Elle est même supérieure à celle d’Europa (47 taxons indigènes), alors que la superficie de Juan de Nova est nettement inférieure (5 km2 versus 30 km2). Cette biodiversité végétale relativement élevée peut s’expliquer en partie par le fait que le climat de Juan de Nova est plus clément que celui d’Europa (moins chaud et plus humide).

 

JDN graphique2Au niveau de leur distribution géographique, on constate que plus de la moitié des taxons indigènes ont une répartition large (3% sont cosmopolites, 27% sont pantropicales, 14% sont paléotropicales, 12% ont une répartition indo-pacifique et 1,5% ont une distribution africaine). Plus d'un tiers des taxons indigènes sont présents sur des aires biogéographiques plus restreintes telles que l’ouest de l’Océan Indien (26%) et Madagascar (12%).

Une espèce est considérée comme endémique stricte de Juan de Nova.

  

 

Sur le plan patrimonial, la flore indigène de Juan de Nova présente certains aspects remarquables :

- présence d'une endémique stricte : l'Acanthacée Hypoestes juanensis

- présence d'une endémique du canal du Mozambique (présente sur Juan de Nova et sur la Grande Glorieuse) : la Malvacée Perrierophytum glomeratum

- présence de 8 (ex-)endémiques de Madagascar : Cheirolaena linearis, Cleome grandidieri, Dombeya greveana var. metameropsis, Euphorbia stenoclada, Maerua baillonii, Nesogenes madagascariensis, Psiadia altissima, Salvadora angustifolia

- présence d'une (ex-)endémique des Seychelles coralliennes du groupe Aldabra et de Madagascar : Euphorbia mertonii

- présence d'une endémique de l’ouest de l’Océan Indien : Panicum voeltzkowii (sensu largo)

- présence de 9 taxons indigènes présentant une valeur patrimoniale potentielle compte tenu de la combinaison entre leur statut de rareté et leur état de menace sur Juan de Nova (affectation d'un statut de menace régionale en cours) : Cheirolaena linearis, Guettarda speciosa, Lumnitzera racemosa, Nervilia bicarinata, Nesogenes madagascariensis, Ophioglossum lancifolium, Perrierophytum glomeratum, Rhizophora mucronata et Sideroxylon inerme

L'identification taxonomique complète de populations originales sur Juan de Nova (cas d'Achyranthes spp., Boerhavia sp.1 et Cynodon sp.1) pourrait aussi révéler de nouveaux taxons patrimoniaux.

 

La flore exotique de Juan de Nova (69 taxons) apparaît relativement élevée en termes de nombre d’espèces. De plus, il convient de remarquer que la majorité de la flore exotique est présente à l’état naturalisé : 36 sont localement naturalisés et 8 sont largement naturalisés (soit respectivement 52% et 12% de la diversité floristique exotique). Ces valeurs élevées peuvent s’expliquer par le fait que Juan de Nova a été largement colonisée et exploitée par l’Homme tout au long du XXème siècle, générant ainsi divers apports de semences (intentionnels ou non) et de nombreuses perturbations au sein des milieux naturels qui ont favorisé l’extension des taxons exotiques. Tout comme les autres îles Éparses, force est de constater que ces nouveaux apports de taxons par l’Homme sont toujours d’actualité compte tenu des nombreux échanges de biens et de personnes.

JDN graph3bisSur le plan des invasions végétales, la grande majorité des taxons exotiques (59 soit 86% des exotiques) ne semble pas démontrer de capacités d’invasion des milieux naturels ou semi-naturels en restant cantonné au sein des zones perturbées (zones d’habitation, chemins, piste d’aviation). Par contre, certains taxons exotiques présentent des capacités d’invasion jugées faible (3 taxons), moyenne (6 taxons) ou forte (1 taxon, cas de Casuarina equisetifolia [filao]).

 
 

JDN graph4bisL’analyse des statuts de culture de la flore vasculaire de Juan de Nova révèle qu’un nombre important de taxons sont présents à l’état cultivé (46, soit environ un tiers de la diversité floristique globale). Parmi ces derniers, on peut distinguer 39 taxons cultivés à petite échelle et 7 taxons cultivés à grande échelle dans un souci de production agricole et sylvicole ou de protection des sols. Ces pratiques, pour la grande majorité anciennes, sont à rattacher à l’engouement de certains colons, tel Hector PATUREAU (gérant d’une exploitation de guano et de coprah de 1952 à 1967 sur Juan de Nova), pour l’introduction de plantes exotiques, essentiellement décoratives et alimentaires. Cependant, ces plantations souffrent pour la plupart des rudes conditions écologiques de Juan de Nova, notamment celles sur sable au cours de la saison sèche.

 

En termes de similarités floristiques entre la flore de Juan de Nova et celle des autres îles Éparses, on peut constater que :

- 48 taxons (24 indigènes, 4 cryptogènes et 20 exotiques) sont également présents sur Europa, soit environ 33% de la diversité floristique globale

74 taxons (40 indigènes, 3 cryptogènes et 31 exotiques) sont également présents aux Glorieuses, soit environ 50% de la diversité floristique globale

- 14 taxons (4 indigènes, 1 cryptogène et 9 exotiques) sont également présents sur Tromelin, soit environ 9% de la diversité floristique globale.

 

Pour information, un certain nombre de taxons recensés anciennement et non revus récemment n’ont pas été retenus au cours de cette analyse car présentant un doute sur leur détermination et/ou leur présence sur le territoire. C’est le cas de : Boerhavia diffusa, Chloris virgata, Clerodendron sp.1, Gossypium herbaceum. Pour ces derniers, nous ne pouvons donc conclure sur leur statut (erreur de détermination ou taxon correctement décrit mais aujourd’hui disparu ?).

D’autre part, quelques taxons ont été recensés uniquement à l’état de germination au sein des laisses de mer (Avicennia marina, Caesalpinia bonduc, Ceriops tagal, Delonix regia, Entada rheedei, Erythrina sp.2, Heritiera littoralis, Hyphaene coriacea, Mucuna sp.1, Pongamia pinnata, Sophora tomentosa et Xylocarpus moluccensis). Ils n’ont pas été pris en compte car considérés comme non installés sur le territoire.

Enfin, il nous a été rapporté que quelques plantes alimentaires étaient cultivées en pot par le personnel de Météo-France au cours de la période 1960-1980 (thym, salade, chou de Chine, piment) dont il ne subsiste aucune trace aujourd'hui.